Comme un pro
World Endurance Championship. L’un des pilotes GTE Am le plus expérimenté vient de Suisse : 22 ans déjà que le Tessinois Joël Camathias participe à des courses. En 2016, il a fait toute la saison du WEC. Rencontre à Bahreïn.
Vendredi après-midi. Nous sommes le 18 novembre, veille de la grande finale du WEC, le championnat du monde d’endurance FIA. La finale se dispute sur le circuit international de Bahreïn, implanté à Sakhir, à 27 km au sud-ouest de la capitale Manama. Ce circuit a été inauguré en 2004 pour le Grand Prix de Bahreïn de Formule 1, dont c’était la première édition. Sa construction a été soutenue par le prince Salman ben Hamad Al-Klalifa, prince héritier de Bahreïn et grand amateur de sport automobile.
Dans les paddocks, nous rencontrons Joël Camathias, Tessinois de 36 ans. La saison qui s’achève a été un grand succès pour lui. Avant Bahreïn, il est monté quatre fois sur le podium avec ses collègues d’équipe Wolf Henzler et Christian Ried. La dernière fois, c’était aux 6 Heures de Shanghai : au volant de la
Le cœur et l’âme du championnat WEC, c’est le temps. Huit des neuf courses de la saison durent six heures : partir en pole position au début du WEC ne joue donc pas un rôle majeur. Ce qui est décisif, c’est surtout de savoir s’adapter pendant la course à des circonstances en constante évolution, dans une vaste grille où plusieurs catégories sont représentées. En l’espace de six heures, les températures et les conditions météo peuvent changer du tout au tout. Toutes les deux heures, au maximum, les pilotes d’un même véhicule doivent se relayer pour ne pas soumettre le conducteur à une trop forte pression. Quant à l’équipe, il lui faut adapter en continu sa stratégie de course. Impossible de gagner autrement.
La plus importante course de la saison, ce sont les 24 Heures du Mans. Joël y a déjà participé deux fois : la première avec
Joël Camathias est engagé en catégorie GTE Am. À côté des Le Mans Prototypes LMP1 et LMP2, le deuxième grand groupe de véhicules dans le WEC sont les LMGTE, Le Mans Grand Touring Endurance. Il s’agit de voitures de sport proches des véhicules de série, et ici aussi, on distingue deux catégories : LMGTE Pro et LMGTE Am. La catégorie « GT Pro » s’adresse essentiellement aux constructeurs de voitures de sport. S’y affrontent des pilotes professionnels et expérimentés, accompagnés de leurs équipes, et toujours au volant des derniers modèles GT3 de chaque marque. En plus du classement pro, on retrouve aussi le classement LMGTE Am, une catégorie GT axée sur les équipes privées et les pilotes ayant généralement moins d’expérience dans les courses d’endurance. La catégorisation des pilotes joue un rôle décisif. Si en GT Pro, on retrouve surtout des pilotes d’usine, c’est-à-dire des pilotes ayant le statut « Platine », en catégorie Am, l’un des pilotes doit avoir le statut « Bronze » et un autre le statut « Argent ». Pour Joël, c’est l’Argent, et il fait partie des pilotes les plus expérimentés. Dès l’année 1994, il s’est lancé dans le karting. Son père, lui-même pilote de course et fan de
Pour Joël aussi, le plaisir de conduire une
En 2003, il a participé à sept courses pour Dale Coyne Racing dans les Champ Car Serie américaines, avant de prendre le départ des Le Mans Series en 2005 et du Championnat FIA GT en 2006. Parmi ses plus grands succès avec
Le pilote d’usine Richard Lietz aussi se souvient volontiers de ses débuts aux côtés de Joël : « C’était ma toute première année comme pilote d’usine
En Suisse, Joël travaille dans l’entreprise familiale à Lugano-Paradiso, le Camathias Group, actif dans l’assurance, l’immobilier et les finances. Cela lui permet de vivre aussi sa passion du sport automobile. « Pour moi, c’est un fonctionnement idéal. Dans l’entreprise familiale, je peux m’organiser avec flexibilité. C’est une liberté que j’apprécie. Je travaille énormément, mais je peux aussi participer à des courses ! » Et y a-t-il plus beau hobby que de rouler en
Pourtant, Joël prend la chose très au sérieux. Le sport automobile est pour lui une sorte de second métier. Il ne roule pas que pour le plaisir : il veut gagner. Ce qui implique une préparation minutieuse aux courses. Il n’utilise pas de simulateur, mais l’équipe de Proton Racing lui a fourni de multiples données sur les différents parcours, ainsi que des enregistrements réalisés à bord des véhicules. De quoi avoir l’impression d’être dans le cockpit et de sentir la trajectoire idéale. Ces outils ont beaucoup aidé Joël, par exemple pour la course à Austin, dont il ne connaissait pas le parcours. Et pour les circuits qu’il avait déjà pratiqués, cela l’a aidé à mieux préparer la course. Joël profite aussi du savoir-faire de Wolf Henzler, le pilote d’usine
Le courant passe bien entre les trois pilotes, ce qui est important, surtout pour les courses d’endurance. Pour être en forme et tenir jusqu’à chaque relais, Joël pratique presque tous les jours le CrossFit, sorte d’entraînement croisé. Depuis, sa concentration s’est améliorée. Quand il est en déplacement, il s’entraîne à l’hôtel, ou fait de la course à pied.
Bien sûr, tous veulent monter sur le podium après la dernière course à Bahreïn, et si possible tout en haut. « Pour nous, le problème, c’est la balance de performance, nous avons plus de mal avec ça que les autres », dit Joël. Malgré tout, il conserve un regard positif sur la saison passée : « L’équipe a bien travaillé, les pilotes ont fait du bon boulot. Mais c’est vrai, c’est difficile de battre d’autres voitures qui ont une meilleure balance de performance. Je comprends qu’il soit délicat pour les organisateurs de la série de trouver une bonne balance pour tous. Mais pour être sincères, nous sommes assez loin derrière. S’ils ont des problèmes, nous reprenons vite une meilleure position, mais sinon, nous passons la ligne d’arrivée en deuxième ou troisième position. Et c’est difficile de gagner dans ces conditions. » À Bahreïn, Wolf Henzler, Christian Ried et Joël Camathias sont arrivés deuxièmes. Après la course, Wolf était un peu déçu : « Nous sommes contents d’être à nouveau sur le podium, mais aujourd’hui, nous aurions pu gagner. L’intervention de la voiture de sécurité nous a coûté la victoire. Elle est venue un tour et demi après notre passage aux stands. » Joël non plus n’est pas entièrement satisfait : « Nous n’avions encore jamais été si près du but. Dommage que ça n’ait pas marché ! Cela dit, cinq podiums d’affilée, ce n’est pas un mauvais bilan. » Pour 2017, à Bahreïn, les jeux sont encore ouverts. Bien sûr, Joël veut continuer à piloter une
Joël reste très concentré sur ce qu’il fait. Peut-être cela lui ouvrira-t-il de nouveau les portes du monde passionnant et exigeant du championnat WEC 2017.
Texte Anna Winter
Photos Jiří Křenek